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LA FACULTE DES SCIENCES SOUS LE SECOND EMPIRE

 

LES DEBUTS DE LA TROISIEME REPUBLIQUE

L'INSTALLATION DANS LE QUARTIER SAINT MICHEL

 

LA GUERRE DE 1914 - 1918 ; LE REDEMARRAGE

 

LA GUERRE DE 1939 - 1945, L'EXPLOSION UNIVERSITAIRE ET LE TRANSFERT À ANNAPPES

 

LA FACULTE DES SCIENCES

DE LILLE

Michel PARREAU

Doyen Honoraire de la Faculté des Sciences

Président honoraire de l'USTL

 

Ce texte retrace dans ses grandes lignes l'histoire de la Faculté des Sciences de Lille, de 1854 à 1970. On ne trouvera pas ici l'histoire détaillée de disciplines, qui feront l'objet de contributions séparées.

 

 

LA FACULTE DES SCIENCES SOUS LE SECOND EMPIRE

 

La création de la Faculté

    Après les journées de juin 1848 et les élections, l'Assemblée et le gouvernement cherchent à limiter l'influence des enseignants d'État (on est dans le régime du monopole depuis Napoléon) et de renforcer l'influence de l'Eglise. La loi Falloux, en mars 1850, qui établit la liberté de l'enseignement primaire et secondaire, porte le nombre des Académies à 86 (une par département), et provoque une première épuration du corps enseignant, qui en écarte tous les éléments progressistes ou simplement libéraux.

    Les facultés sont alors très peu développées. L'Université napoléonienne s'était constituée à des fins essentiellement pratiques et professionnelles (droit et médecine) et pour la collation des grades. Beaucoup de facultés créées sous l'Empire avaient été supprimées à la Restauration, et malgré une certaine amélioration sous Louis-Philippe, l'enseignement supérieur était à peu près inexistant en France en dehors de Paris (sauf initiatives locales comme à Lille (à l'instigation de la Société des Sciences).

    Après le coup d'État du 2 décembre 1851, le futur Napoléon III, conscient des besoins d'une économie en voie d'industrialisation rapide (mines, chemin de fer, sidérurgie, textile, industrie chimique, industrie agro-alimentaire) souhaite développer l'enseignement scientifique tout en renforçant encore le contrôle des enseignants. Hippolyte Fortoul, énergique ministre de l'instruction publique, se donne une autorité sans limite ; par le décret du 9 mars 1852, il obtient le pouvoir de nommer et révoquer les professeurs de Faculté, les Recteurs, les Inspecteurs Généraux à son gré, sans la moindre garantie statutaire; en même temps, il prépare une réforme des structures de l'enseignement public qui annule en partie les dispositions de la loi Falloux, en réduisant le nombre des Académies de 86 à 16, en créant de nouvelles Facultés, et en limitant les effets de la liberté de l'enseignement (qui doit, comme toutes les autres, s'exercer dans de strictes limites).

    Dès 1852, le Ministère négocie avec les municipalités l'implantation des nouvelles Facultés . Pour le Nord, Lille et Douai s'étaient toutes deux portées candidates, en prenant les engagements nécessaires (hébergement des nouveaux établissements et participation à leur fonctionnement).

    Désireux de donner satisfaction à chacune d'elles, le Ministre "coupe la poire en deux", les lettres vont à Douai, les sciences à Lille. Ce dernier choix s'explique à la fois par l'existence à Lille de cours municipaux de grande qualité (avec Delezenne, Kuhlmann, Lestiboudois) et par l'activité économique de la ville, importante métropole industrielle et commerciale.

Le décanat de Pasteur

    Pour administrer la nouvelle Faculté, le Ministre a évidemment besoin d'un doyen favorable à ses vues. Or dès 1852, un jeune chimiste strasbourgeois, Louis Pasteur, a fait connaître son souhait de diriger une Faculté des Sciences. Pour Fortoul, Pasteur est un excellent candidat; bonapartiste convaincu (son père est un ancien sergent de la grande armée qui l'a élevé dans le culte de Napoléon), il a approuvé le coup d'état de 1851, d'autre part, bien qu'âgé de 32 ans seulement, il a déjà une grande réputation scientifique, il a résolu le problème de la polarisation rotatoire et découvert la dissymétrie moléculaire; protégé de Biot, de Dumas, de Thénard, de Balard, c'est un des espoirs de la chimie française.

    La Faculté est créée par le décret du 22 Août 1854, qui réorganise l'instruction publique. Pasteur, pressenti comme doyen, apparaît vite comme le protégé du ministre, et s'arrange pour le faire comprendre au recteur Guillemin qui vient d'être nommé à Douai. Venu à Lille en septembre 1854 "par curiosité", il fait modifier les plans de la nouvelle faculté, dans l'aile qui lui est attribuée au Lycée impérial, Rue des Fleurs et demande en particulier un logement de fonction dans la Faculté même. La ville de Lille ne met aucun empressement à accepter les propositions de Pasteur, qui alourdissent la facture, mais l'appui du Ministre, notifié par le préfet, finit par lui faire obtenir satisfaction.

    Le 4 décembre 1854, un décret impérial nomme professeurs à la Faculté des Sciences à Lille, le chimiste Pasteur, le mathématicien Mahistre, le physicien Lamy et le naturaliste Lacaze-Duthiers. Un arrêté du même jour confie à Pasteur les fonctions de doyen.

    Une des premières tâches du nouveau doyen est de mettre en place l'enseignement des sciences appliquées que le Ministre venait de créer en même temps que les nouvelles Facultés. Ce cursus, destiné aux futurs industriels, ingénieurs ou techniciens non nécessairement pourvus de titres initiaux, et désireux de se perfectionner dans les connaissances indispensables à leur futur métier, était sanctionné par un nouveau diplôme, le brevet de capacité.

 

L'Enseignement de la Faculté débute le 8 janvier 1855

    A cette époque, les cours de Faculté sont publics et ouverts à tous; leur objet était très général et ils ne se proposaient qu'une activité de vulgarisation. Au contraire, les conférences et les manipulations (équivalents de nos travaux dirigés et pratiques) sont réservés aux étudiants inscrits, candidats à la licence ou au brevet de capacité. Ils visent à donner des compléments de cours, et à donner aux élèves la pratique de laboratoire.

    A Lille, les cours publics (du moins quand ils sont intelligibles sans trop de connaissances préalables) réunissent jusqu'à 300 auditeurs, au contraire, les véritables étudiants sont à peine une dizaine, et encore tous ne passent pas les examens.

    A côté des enseignements scientifiques, la Faculté organise à l'intention des candidats au brevet de capacité des visites d'établissements industriels, et des cours de littérature, d'histoire et de dessin. En fait, ces derniers cours sont aussi ouverts au grand public et connaissent un vif succès.

    Le Ministre se tient très au courant de tout ce qui se passe dans la faculté. Dans une lettre du 3 mars 1855, il donne au Recteur une opinion sur les professeurs, il félicitait tout particulièrement Pasteur, (actif, intelligent, bon organisateur, enseignant brillant et solide, il permet à sa faculté de rivaliser avec les plus florissantes). Il ajoute toutefois ce bémol : "que Monsieur Pasteur se tienne cependant en garde contre l'entraînement de son amour pour la science, et qu'il ne perde pas de vue que l'enseignement des Facultés, tout en se maintenant à la hauteur des théories scientifiques, doit néanmoins, pour produire des résultats utiles et étendre son heureuse influence, s'approprier par les plus nombreuses applications aux besoins réels du pays auquel il s'adresse."

    Le reste de la lettre est moins flatteur pour Lamy, et surtout pour Lacaze-Duthiers "dont l'exposition présente des défauts qui finiraient par détruire l'intérêt des leçons savantes et consciencieusement préparées" (élocution embarrassée, exposition rapide et décousue).

    Pasteur, on s'en doute, n'a pas le même avis sur l'enseignement scientifique. pour lui, la science appliquée est indissociable de la science pure, ou plutôt n'a pas d'existence autonome.

"Il y a la science et les applications de la science, liées entre elles comme le fruit est lié à l'arbre qui l'a porté."

    Dans la rentrée solennelle de 1855, il est encore plus net : "Nous aurons à tenir compte de cette tendance si prononcée de notre public vers les parties de la science qui ont reçu des applications. Mais nous veillerons à ne pas nous laisser entraîner outre mesure dans cette voie. L'enseignement des sciences gagne beaucoup en intérêt et en profondeur lorsqu'il signale l'application que tel produit et tel principe théorique ont pu recevoir. Le professeur de Faculté serait néanmoins coupable d'aller trop loin dans la description des appareils et des méthodes propres à l'industrie. Il y perdrait un temps précieux et méconnaîtrait sa véritable mission. Tout en donnant une part convenable aux développements que réclament plus spécialement les différents genres d'industries du pays où elles se trouvent placées, les Facultés de province ne doivent pas oublier qu'elles ne sont ni des cours municipaux, ni des conservatoires d'arts et métiers. Les conceptions les plus élevées, les plus hardies même de la science doivent trouver place dans nos leçons, et nous ne devons pas, pour la satisfaction souvent un peu vaine de réunir un public plus nombreux, déserter les hautes régions de la science et mettre à leur place les détails techniques qui frappent surtout l'attention des ignorants."

(20 novembre 1855).

   Dès 1856, la Faculté voit renforcer son potentiel d'enseignants par la création de deux emplois de professeurs adjoints en Chimie et en Mathémathiques. Le premier est confié à Charles Viollette, élève de Pasteur, qui venait de passer la première thèse de doctorat ès sciences soutenue à Lille. Le second fut attribué à Alexandre Guiraudet, professeur au Lycée Saint Louis. Tous deux devaient jouer un grand rôle dans l'histoire ultérieure de la Faculté.

    Tout en donnant leurs plus grands soins à leurs activités d'enseignement, Pasteur et ses collègues poursuivent leurs travaux personnels et se mettent à la disposition de l'économie régionale, notamment par des prestations de services de diverses natures pour des industriels : amélioration des procédés de fabrication, perfectionnement de l'outillage, expertises, étude des problèmes scientifiques rencontrés dans leurs activités. On sait que l'orientation ultérieure de la carrière de Pasteur en a résulté : c'est l'étude des anomalies de la distillation de la betterave qui l'a conduit à celle des fermentations, et à la découverte du rôle des micro-organismes dans leur déroulement. Le fameux mémoire de Pasteur "sur la fermentation appelée lactique", présenté à la société des Sciences de Lille en 1857, marque en quelques sorte la naissance de la chimie biologique et de la microbiologie.

Le départ de Pasteur

    Pasteur se rend compte très vite, cependant, que la charge de travail écrasante qu'il a en tant que doyen, l'empêche de poursuivre ses travaux scientifiques autant qu'il le souhaiterait; d'ailleurs, dans la France de 1850, l'activité de recherche est concentrée à Paris, et c'est là qu'il faut travailler si l'on veut participer à la science vivante. Dès 1856, il pose sa candidature à l'Académie des Sciences, et prend l'engagement de quitter Lille s'il est élu. Son échec le dispense de cet engagement (il s'y attendait d'ailleurs, en raison de son âge, du fait qu'il ne résidait pas à Paris, et qu'il se présentait dans une section étrangère à son activité , celle de géologie et minéralogie). Néanmoins, il s'apprête à partir et est nommé à Paris, comme administrateur et sous directeur scientifique à l'Ecole Normale, à la rentrée de 1857.

    Bien que non totalement imprévu, son départ prend de court l'administration universitaire, qui a du mal à lui trouver un successeur. Le ministère finit par débaucher un autre chimiste, Jean Girardin, professeur à l'Ecole préparatoire de Rouen, spécialiste de chimie agricole et agro-alimentaire, et correspondant de l'Institut, (le ministre n'avait manifestement pas voulu du mathématicien Mahistre, pourtant chargé de l'intérim du décanat.). Sous la direction de Girardin, la Faculté conserve l'orientation donnée par Pasteur vers les sciences appliquées et les problèmes de l'industrie. Si le brevet de capacité disparaît, faute de candidats (il dispensait une formation trop générale et trop savante pour des jeunes gens dépourvus de connaissances initiales et désireux de se spécialiser dans une discipline), Girardin à titre personnel, et les autres professeurs de Lille, continuent leurs prestations de service pour l'agriculture et l'industrie. L'activité scientifique à la Faculté reste soutenue. En 1862, Auguste Lamy, gendre de Kullmann et de ce fait pourvu de moyens de travail supplémentaires dans les laboratoires de son beau-père, découvre grâce à l'analyse spectrale, un nouveau métal, le thallium. Crookes avait également (sans doute un peu avant lui) observé la raie verte caractéristique, mais c'est Lamy qui fabrique le premier lingot de thallium connu; il le présente à la Société des Sciences, à l'Institut et même à Londres pour établir sa priorité. Il se lance dès lors dans l'étude systématique du thallium et de ses composés, ce qui lui cause de graves ennuis de santé, car les sels de thallium sont toxiques. Peu après, Lamy bien que très enraciné dans la région, quitte Lille pour Paris, où il est nommé professeur de chimie industrielle à l'Ecole Centrale.

    En 1864, la Faculté obtient enfin la chaire de géologie qu'elle réclamait depuis le décanat de Pasteur, et qui était souhaitée par l'industrie locale. Elle est attribuée au cambrésien Jules Gosselet, professeur adjoint à Poitiers après avoir été le préparateur du géologue Constant Prévôt"> à la Sorbonne. Jules Gosselet se livre à une étude systématique de la géologie régionale (au sens très large du terme), et donne à l'école lilloise un éclat exceptionnel, faisant d'elle une des premières de France. A côté de la chimie, la géologie devient une discipline dominante à la faculté

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LES DEBUTS DE LA TROISIEME REPUBLIQUE

 

    Malgré les efforts du ministre Victor Duruy, qui crée l'Ecole pratique des Hautes Etudes en 1868, la situation matérielle de l'enseignement supérieur reste très médiocre pendant tout le second empire. La Faculté des Sciences de Lille, en particulier, manquait à la fois de place et de moyens matériels ; les appareils scientifiques, les collections, faisaient défaut.

    Dès cette époque, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer des réformes et une augmentation des moyens. Renan, Wurtz, Guizot, Pasteur attiraient l'attention des pouvoirs publics sur la nécessité de créer en France un véritable enseignement supérieur, comparable à celui de l'étranger (Allemagne et Angleterre principalement). Pasteur, fort de ses relations avec Napoléon III et de son statut de "savant officiel", demande qu'on augmente considérablement "le budget de la science" (titre d'une brochure qu'il publie en 1868).

    La guerre de 1870, et son issue malheureuse pour la France, renforcent la volonté de réforme. Les intellectuels de l'époque répandent l'idée que la victoire de l'Allemagne était due à la supériorité de son système scolaire et universitaire, et à la meilleure instruction de ses officiers et soldats. "Ce qui a vaincu à Sadowa, c'est la science germanique" avait déjà dit Renan en 1867. Une Société pour l'étude de questions d'enseignement supérieur (Lavisse, Seignolas, Bouglé, Caullery, Durkheim) fait campagne pour la modernisation du système universitaire français et son élévation au niveau européen.

    Le problème de la (re) création des Universités régionales commence à se poser, et Jules Ferry le met à l'étude dès les années 1880. En attendant, les moyens de l'enseignement supérieur sont considérablement augmentés ; en quinze ans, le nombre des enseignants est doublé, les crédits sont multipliés par quatre.

    A Lille, la Faculté des Sciences profite de cet élan pour poursuivre son développement, malgré ses moyens matériels encore limités et l'exiguïté de ses locaux; Girardin avait quitté Lille en 1868 pour être nommé recteur à Clermont Ferrand ; son successeur en décanat est Guiraudet, qui devient lui même recteur de Toulouse en 1873. Charles Viollette devient alors doyen et le reste jusqu'en 1888. La Faculté recrute à cette période des savants de grande valeur ; Charles Barrois, préparateur (sans traitement) de Gosselet, peut poursuivre ses recherches grâce à une grande fortune personnelle, et devient un géologue de réputation internationale. En 1872, Boussinesq, un jeune mathématicien méridional, est nommé dans la chaire de calcul différentiel et intégral qui vient d'être créée (la chaire de mathématiques devient alors une chaire de Mécanique). D'origine très modeste, Boussinesq avait fait ses études en étant surveillant de collège ; professeur de lycée à Agde au Vigan, puis à Gap, il avait réussi à passer une thèse de doctorat dans ces conditions difficiles. Très actif, il publie pendant les quatorze ans de son séjour à Lille plus de cent notes et mémoires sur des sujets variés de mécanique, d'élasticité, d'hydrodynamique. Dans une communication à la société des sciences de Lille, il présente une tentative de "conciliation du véritable déterminisme mécanique avec l'existence de la vie et de la liberté morale" (1878), qui déclenche une polémique nationale où interviennent entre autres son "patron" Barré de Saint Venant, Joseph Bertrand, et Claude Bernard. Boussinesq quitte Lille en 1886, élu à l'Académie de Sciences dont il est le benjamin, en même temps qu'il entre à la Sorbonne.

    Peu après lui était arrivé à Lille Alfred Giard, jeune normalien issu d'une famille de libraires de Valenciennes.

    Giard remplaçait dans la chaire d'Histoire Naturelle le successeur de Lacaze Duthiers, Camille Dareste de la Chavanne, connu par ses travaux de tératologie. Il avait été l'élève de Lacaze-Duthiers à l'école Normale Supérieure, et avait préparé sa thèse sous sa direction, mais il s'entendait très mal avec son patron, car Lacaze-Duthiers était fixiste et Giard transformiste.

    En quelques années, Giard donne un grand éclat à la biologie lilloise, en développant des recherches zoologiques remarquables et en faisant soutenir (à Paris, pour des raisons de notoriété) de nombreuses thèses de grande valeur, dont celles de Charles Barrois (pour la partie biologie), de son frère Jules Barrois, de Paul Hallez, de R. Moniez, de Théodore Barrois, de Charles Maurice.

    D'un caractère peu facile, il entretenait des rapports difficiles avec l'administration. Ayant loué à ses frais une petite maison de la rue des Fleurs pour agrandir son service, et y ayant porté l'inscription "Institut de Zoologie", il reçut un blâme ministériel "pour avoir porté atteinte à l'unité de l'administration".

    Il avait également installé à Wimereux, avec le concours de l'Association française pour l'avancement des sciences, mais aussi sur ses propres ressources, un laboratoire de biologie marine où furent préparées les thèses de ses élèves. A son départ pour Paris en 1887, le laboratoire fut rattaché à l'Ecole Normale Supérieure, puis à la Sorbonne. Pour compenser cette disparition, son successeur Paul Hallez loua lui-même au Portel, en 1888, une petite maison, "bicoque basse et étroite", où il installa un nouveau laboratoire maritime.

    Cependant, le développement de la Faculté se poursuivait. En 1876, la chaire de chimie générale et appliquée était dédoublée en une chaire de chimie générale (dans laquelle était nommé Willm) et une chaire de chimie appliquée dont le titulaire restait Viollette. Deux ans plus tard, la chaire d'Histoire Naturelle est scindée en une chaire de zoologie (restée occupée par Giard) et une chaire de Botanique, attribuée à Charles-Eugène Bertrand.

    Celui-ci a d'ailleurs beaucoup de mal à s'installer; faute de place et de crédits, au début il lui est impossible de poursuivre ses travaux de recherche. Finalement, le laboratoire de Botanique est installé à la Halle aux Sucres, et il a à sa disposition le jardin botanique alors installé à la Madeleine.

    L'augmentation régulière du nombre des étudiants et des personnels rendait de plus en plus pénible l'utilisation des locaux du Lycée Faidherbe, rue des Fleurs. Aussi se pose dès cette époque le problème de la construction d'une nouvelle Faculté. A l'initiative de la municipalité, suscitée par le doyen Charles Viollette (conseiller municipal depuis 1875, il deviendra ultérieurement premier adjoint du maire Géry Legrand), une mission d'études est envoyée à l'étranger (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse) pour étudier les constructions universitaires.

    Composée de Viollette, de Giard et du professeur de médecine Coyne, elle rapporte des propositions très précises (éclatement des Facultés en de nombreux instituts), mais sans résultats immédiats. Cependant depuis 1875, la création des Facultés Catholiques de Lille, regroupées en une Université pontificale et toutes situées dans la métropole régionale, crée une situation nouvelle et conflictuelle avec les Facultés d'Etat auxquelles elles font une concurrence redoutable. Dès 1876, pour constituer en face des Facultés catholiques un ensemble aussi cohérent, la municipalité lilloise demande le regroupement des quatre Facultés d'Etat à Lille (le Droit avait été créé à Douai en 1865, et la Médecine, par transformation de l'Ecole préparatoire de Lille, devenue école de plein exercice en 1875). La pose de la première pierre de la nouvelle Faculté de Médecine place Philippe Lebon, en 1880, avait amené Jules Ferry, chahuté par les étudiants de la "catho", à prononcer le discours fameux "des deux citadelles" :

"On a dit que la ville de Lille était d'un certain point de vue la citadelle du cléricalisme. Messieurs, élevons ici citadelle contre citadelle, dans le vaste champ de la liberté."

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L'INSTALLATION DANS LE QUARTIER

SAINT MICHEL

 

 

    Malgré une vive résistance de Douai, et des polémiques virulentes, Lille finit par obtenir satisfaction. Le 12 Mars 1887, une convention est signée par laquelle la ville s'engage, si elle obtient satisfaction, à entreprendre avec l'aide de l'état, un vaste programme de constructions universitaires dans le quartier Saint Michel, à côté de la nouvelle Faculté de Médecine. Le 22 octobre 1887, un décret décide le transfert de la Faculté des Lettres et de la Faculté de Droit de Douai à Lille.

    Bien que ces événements semblent à première vue étrangers à l'histoire de la Faculté des Sciences, ils sont pour elle d'une importance considérable, car elle est la principale bénéficiaire de ces nouvelles constructions : ses services généraux et l'Institut de Mathématiques s'installent dans l'aile droite de la Faculté de Médecine, place Philippe Lebon; la Physique se voit construire un institut rue Gauthier de Châtillon; les sciences naturelles disposent du vaste quadrilatère situé entre les rues Malus, Claude Bernard, Brûle Maison et de Bruxelles; la chimie s'installe à l'angle des rues Barthélémy Delespaul et Jeanne d'Arc.

    Pour réaliser ce programme, la Municipalité lilloise a été amenée à dépasser largement les crédits initialement prévus, ce qui a entraîné son échec aux élections, et le départ du directeur des travaux municipaux Alfred Mongy, qui avait été le maître d'oeuvre de ces constructions.

    Auparavant de grandes cérémonies universitaires, associant des représentants de très nombreuses universités françaises et étrangères, avaient célébré en mai-juin 1895 l'inauguration des nouveaux bâtiments, qui faisaient de Lille une des villes universitaires les mieux équipées de France (il faut rappeler que la Faculté des Sciences avait alors environ 120 élèves, et que la totalité des étudiants lillois n'atteignait pas le millier).

    L'année suivante, la réforme des institutions universitaires, commencée dès 1885, aboutissait à la reconstruction des universités régionales, et en particulier à la création de l'Université de Lille, qui pour marquer sa filiation avec Douai se qualifiait de "Universitas insulensis, olim duacensis".

    Ce progrès considérable dans l'équipement, les moyens importants que la jeune université obtenait (au moins par rapport à ceux dont elle disposait jusque là) donnaient un essor nouveau à la Faculté des Sciences, dont Jules Gosselet était devenu le doyen en 1894 (succédant à Gustave Demartres, qui avait remplacé Viollette en 1887). Gosselet, inquiet de la raréfaction des débouchés dans l'enseignement, pratique une politique de développement vigoureux des Sciences appliquées. Dès 1894, des enseignements de Physique industrielle (avec Brunhes, puis Camichel puis Swyngedauw), de chimie appliquée (avec Buisine, successeur de Viollette), de Mécanique appliquée (avec Petot et Boulanger) de Minéralogie appliquée (avec Gosselet lui-même et Barrois) sont créés ; en 1896, la réforme de la licence supprime les trois licences anciennes (mathématiques, sciences physiques, sciences naturelles) et crée les certificats d'études supérieures dont trois, choisis librement, suffisent à donner le titre de licencié. Parmi les certificats créés figurent ceux qui sanctionnent les enseignements appliqués récemment institués. En outre, la Faculté décerne aux licenciés ès sciences pourvus de certificats déterminés et ayant travaillé un an au laboratoire des diplômes de licencié-physicien, licencié-chimiste, licencié-mécanicien, licencié-géologue, analogues aux DEA ou DESS actuels.

    Les deux enseignements appliqués les plus importants sont ceux de Chimie (suivi en 1897-1898 par 21 étudiants et 25 "élèves bénévoles", c'est à dire auditeurs libres, désireux de perfectionner leurs connaissances ou de faire des recherches sans passer d'examen) et celui de Physique industrielle, orienté vers les applications industrielles de l'électricité. Pour éviter de déranger les autres physiciens, le laboratoire de Physique industrielle s'installe rue des Fleurs, dans les anciens locaux de la Faculté. Il prend le nom d'Institut électrotechnique.

    Ces deux enseignements sont bientôt sanctionnés par des diplômes spéciaux. En 1899 est créé un brevet d'études électrotechniques, en 1902, il est complété par la création d'un diplôme d'ingénieur électricien de l'Université de Lille.

    En 1903, Alphonse Buisine est nommé directeur de l'Institut Chimique de Lille, qui délivre un diplôme de chimie transformé en 1911 en un diplôme d'ingénieur chimiste de l'Université de Lille.

    Les autres secteurs de la Faculté font également preuve d'une grande activité. Dès 1893 est créé un enseignement de P.C.N. (physique, chimie, sciences naturelles) pour les futurs étudiants en médecine. Il deviendra ultérieurement le P.C.B.

    En 1901, un enseignement de mathématiques générales est mis en place, pour faciliter l'accès des étudiants issus du baccalauréat aux études de mathématiques et de physique.

    De nombreux enseignants de grande qualité scientifique arrivent à Lille (quelquefois pour peu de temps en raison de l'attraction parisienne) :Vessiot, Borel, Chazy, Clairin en Mathématiques, Ollivier et Paillot en Physique, Pélabon, Fosse, Lemoult, Pascal en Chimie, Malaquin, Ricôme, Paul Bertrand, Leriche en Sciences Naturelles.

    De nouvelles chaires sont créées : Physique industrielle pour Swyngedauw, Anatomie et Embryologie comparées pour Paul Hallez et Zoologie générale et appliquée pour Alphonse Malaquin (par dédoublement de l'ancienne chaire de Zoologie), Mathématiques générales pour Jean Clairin (par transformation de la chaire d'Astronomie), Botanique appliquée pour Ricôme.

    Au Portel, la maison louée par Paul Hallez étant rapidement devenue insuffisante, la jeune Université de Lille prend à sa charge, grâce à un emprunt, la construction d'un bâtiment plus important, achevée en 1900. Les zoologistes lillois disposent ainsi d'un laboratoire de biologie marine moderne et bien équipé ; malheureusement, dès 1910, l'installation d'un chantier maritime à proximité immédiate apporte des nuisances insupportables.

    Les effectifs d'étudiants s'accroissent régulièrement, malgré quelques à coups dus aux fluctuations du nombre des étudiants de PCN, et aux lois militaires, qui selon les années accordent ou refusent les dispenses ou les sursis.

    De 120 en 1890, le nombre des étudiants de la Faculté passe à plus de 200 en 1896, régresse à 150 vers 1900, remonte à 240 en 1905, et à 277 en 1913.

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LA GUERRE DE 1914 - 1918 ; LE REDEMARRAGE

 

    Ce développement remarquable est interrompu par la guerre de 1914. Une grande partie des enseignants est mobilisée ; la première année, les enseignements n'ont pas lieu ; les années suivantes, ils reprennent avec de petits effectifs. Les activités universitaires sont perturbées par la guerre et l'occupation allemande : une partie des bâtiments universitaires est réquisitionnée, et les Facultés doivent errer d'un local à l'autre ; en novembre 1914, l'incendie du laboratoire de Physique industrielle, rue des Fleurs, détruit le matériel et les collections. En janvier 1916, l'explosion d'un dépôt de munitions dans le quartier Sud de Lille (dit des dix huit ponts) cause de grands dégâts aux Instituts de Chimie et de Sciences Naturelles, tout particulièrement en Géologie.

    D'autre part, l'occupant interdit le chauffage des locaux et gêne la circulation entre Lille et le reste de la région et même de la métropole, ce qui prive la Faculté d'une partie de ses élèves. Plus grave encore, certains professeurs et des membres de leurs familles sont pris en otages et déportés ; Alphonse Buisine, qui était l'un d'eux meurt en captivité en Lituanie, en mars 1918. La Faculté a eu à déplorer également la perte au combat d'un garçon de laboratoire, M. Verbièse.

    Après l'armistice, la vie universitaire reprend ses droits, mais il faut d'abord reconstruire et remettre en état les locaux détruits ou endommagés, reconstituer les matériels, reclasser les collections. Il faut quelques années pour que tout rentre dans l'ordre, mais dès 1923 la Faculté a retrouvé ses moyens.

    Parmis les enseignants, outre Malaquin, Clairin et Lemsoult ont été tués à la guerre. Une nouvelle génération arrive : Châtelet, Chapelon, Gambier, Bruhat, Pauthener, Pariselle, Lemoult, Duparque. A. Maige, professeur de botanique à Poitiers, échange son poste avec Ricôme ; P. Bertrand est nommé professeur de Botanique appliquée (sa chaire sera transformée ultérieurement en chaire de Paléobotanique). Albert Châtelet, nommé doyen en 1921, devient recteur de Lille en 1924, et est remplacé par Albert Maige, qui conserve cette charge jusqu'en 1943. De nouveaux enseignements, donc de nouvelles chaires, sont créées : Chaire de Radiotélégraphie pour Paillot, Chaire de Chimie physique pour Pariselle, Chaire de Géologie et minéralogie appliquée pour Pruvost, qui deviendra en 1926 le successeur de Ch. Barrois. Celui-ci la même année, est élu vice Président, puis Président de l'Académie des Sciences.

    Sous l'impulsion du recteur Châtelet et du doyen Maige, le développement des instituts et laboratoires spécialisés est activement poussé.

    Le laboratoire du Portel est remis en état. L'Institut électrotechnique, qui n'a pu être reconstruit sur place, est transféré dans un bâtiment appartenant aux Arts et Métiers ; avec le concours de l'Enseignement technique, R. Swyngedauw le transforme en Institut électromécanique, qui ajoute à ses objectifs antérieurs la formation des ingénieurs mécaniciens à l'utilisation industrielle du courant électrique.

    L'Institut de Chimie de Lille, appelé aussi Ecole de Chimie, est doté d'un conseil de perfectionnement et d'un directeur des études (Jouniaux). Sous la direction de Paul Pascal, puis de Georges Chaudron, il développe considérablement ses activités, et s'intéresse à la métallurgie et aux industries textiles.

    En 1929, la station d'essais de semences de la Faculté est transformée en Institut d'essais de semences et de recherches agricoles, sous la direction d'Albert Maige, puis de Maurice Hocquette.

    En 1930, Joseph Kampé de Fériet, mathématicien pur mais aussi probabiliste et mécanicien des fluides, crée avec la collaboration du Ministère de l'Air l'Institut de Mécanique des Fluides de Lille.

    Avec l'aide d'André Martinot-Lagarde, il en fait un centre actif de formations d'ingénieurs de l'aviation et un centre de recherches et d'essais aérodynamiques.

    En 1931, la Faculté obtient la création de l'Institut agricole, également dirigé par A. Maige, chargé de dispenser une formation spécialisée aux instituteurs ruraux et aux jeunes agriculteurs, afin de diffuser les connaissances utiles à l'agriculture régionale..La même année est créé l'Institut de la Houille, dirigé par Pierre Pruvost, pour coordonner les enseignements et les recherches relatifs à la houille et à ses applications (chimie de la houille avec H. Lefebvre, géologie houillère avec A. Duparque). Enfin, toujours en 1931, une Ecole de radioélectricité (qui deviendra l'Institut radiotechnique) est fondée par Lambrey, successeur de Paillot, pour former des monteurs, des conducteurs radioélectriciens en même temps que des licenciés et des ingénieurs.

    A ces instituts s'ajoutent divers laboratoires : Laboratoire de Zoologie appliquée (créé dès avant la guerre par Malaquin), Laboratoire des corps gras (Pariselle), laboratoire de recherches sur le textile (Chaudron), laboratoire d'Hydrogéologie (Dollé) et plus tard l'Institut de mathématiques appliquées, qui regroupe l'Observatoire (Gallisot) et le laboratoire de Mécanique rationnelle (Mazet).

Dès 1919, le nombre des étudiants (267) a rejoint le niveau d'avant la guerre, et il s'accroît très rapidement (437 étudiants en 1925, 678 en 1929, 938 en 1933). Mais à partir de 1933, la crise économique, la dénatalité due à la guerre, et le caractère de l'économie régionale (qui a essentiellement besoin d'une main d'oeuvre peu qualifiée) entraînent une chute des effectifs, qui diminuent de près de moitié (544 étudiants en 1938).

    Il en résulte une période de stagnation pour la Faculté, dont le personnel reste à peu près stable ; les rares mouvements qui s'y produisent sont dus aux nominations à Paris ou aux départs en retraite. Arrivent ainsi à Lille Béghin puis Mazet en Mécanique, Fleury, Cau, Esclangon, Roig en Physique, François et Wiemann en Chimie. Paul Corsin prend la succession de Paul Bertrand, nommé au Museum, en Paléobotanique, et Edmond Rouelle celle de René Swyngedauw en physique et électricité industrielles.

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LA GUERRE DE 1939 - 1945, L'EXPLOSION UNIVERSITAIRE ET LE TRANSFERT À ANNAPPES

 

   Comme la précédente, la guerre de 1939 - 1945 cause de grands troubles dans la vie de la Faculté. De nombreux enseignants sont mobilisés ou affectés spéciaux (au CNRS), ce qui entraîne la suppression de certains cours. Sur ordre du Ministère de l'Air, l'Institut de Mécanique des Fluides est replié à Toulouse, d'où il ne reviendra qu'à la fin de la guerre.

    Lors de l'offensive de mai 1940, la Faculté reçoit l'ordre de se replier au Touquet, puis à Rennes, mais la rapidité de l'avance allemande, et l'isolement du Nord de la France, empêchent cette consigne d'être exécutée ; peu d'universitaires atteignent le Touquet, où sont organisés cependant quelques cours et examens ; le 23 juin, les évacués rejoignent Lille.

    Au cours de cette campagne, A. P, Dutertre, chargé de cours de Géologie, est tué devant Dunkerque ; Hieulle, assistant de Chimie, trouve la mort sur la route du Touquet. Plusieurs membres de la Faculté sont prisonniers (R. Defretin, Glacet, R. Mazet, A. Michel, Pelcener, J. Rousseau).

    A partir de juin 1940, le Nord-Pas de Calais, situé en zone interdite, est coupé du reste de la France, si bien que les universitaires qui ont quitté Lille parce qu'ils étaient mobilisés, ou au moment de l'exode, sont empêchés d'y revenir; La Faculté doit donc fonctionner avec un nombre restreint d'enseignants. Pour pallier cette difficulté, le doyen Maige fait appel à des professeurs du Lycée Faidherbe ou du Lycée de Douai, et procède à des échanges de services avec la Faculté Catholique (c'est ainsi que Marcel Decuyper fait les cours de calcul différentiel, et le chanoine Annycke les cours de Mécanique rationnelle, pour les élèves des deux établissements).

    Malgré les tracasseries de l'occupation, les restrictions, les réquisitions de locaux (Electromécanique, Géologie) et surtout le S.T.O. qui raflait les étudiants ou les contraignait à la clandestinité, les activités de la Faculté furent moins ralenties qu'en 1914 - 1918. Dès 1942, le nombre des étudiants dépassait le millier, et il se maintenait à cette hauteur jusqu'à la fin de la guerre (encore faut-il remarquer que les statistiques ne prenaient en compte que les étudiants "officiels", les clandestins ne pouvant évidemment pas être comptabilisés).

    La Faculté eut à déplorer la mort d'un étudiant, Roger Speybrook, fusillé au fort de Bondues, et la déportation d'une trentaine d'autres.

    Sur le plan matériel, l'Institut de Mécanique des Fluides et l'Observatoire, proches des voies ferrées, souffrirent des bombardements, et quelques déprédations dues à l'occupant endommagèrent l'Institut Electromécanique et la Géologie, où la bibliothèque et les collections de cartes furent pillées.

    Le corps enseignant était resté à peu près stable pendant cette période; Lambrey, nommé à Paris, fut remplacé par Arnoult. Albert Maige avait pris sa retraite en septembre 1943 (il devait décéder peu après) ; il fut remplacé dans sa chaire de Botanique par M Hocquette, tandis que Pierre Pruvost lui succédait comme doyen.

    Après la libération, il fallut remettre la Faculté en état, restaurer les locaux, reconstituer l'appareillage, les collections, et faire face à l'afflux des étudiants.

    Le développement universitaire sans précédent qu'a connu la France depuis cette époque, changeant complètement la nature de l'enseignement supérieur, a été encore plus rapide dans la région du Nord, en raison de la modification de ses activités économiques et de la jeunesse de sa population. L'accroissement et la diversification des activités de la Faculté ne permettent pas d'en rendre compte brièvement ; je me bornerai donc à signaler son évolution démographique : 1634 étudiants en 1950, 1896 en 1955, 3676 en 1960, 5569 en 1965 (en ne comptant que ceux de Lille). Corrélativement, le nombre des enseignants de rang magistral (le seul sur lequel on puisse avoir des indications pour les années anciennes) est passé de 21 en 1919 à 26 en 1939, à 73 en 1964, et 82 en 1968.

    Malgré la création de centres d'enseignements extérieurs (Amiens en 1957, Calais en 1963, Valenciennes et Saint Quentin en 1964), les bâtiments du quartier Saint Michel, construits pour quelques centaines d'élèves, étaient devenus tout à fait insuffisants, et les conditions de travail des étudiants et du personnel se dégradaient. Le déplacement de la Faculté de Médecine, qui libérait les locaux de la rue Jean Bart, et les quelques travaux d'agrandissement possibles épuisèrent vite leurs effets, et dès les années 1950 il fallut envisager de construire une nouvelle Faculté.

    Guy Debeyre, devenu recteur de Lille en 1955, fit de ce problème une des priorités de son mandat. Il se rendit vite compte qu'il était impossible de reconstruire sur place, ou de trouver un nouvel emplacement dans Lille. Pour répondre aux besoins de l'enseignement et de la recherche, et favoriser le développement économique régional, il proposa de créer en périphérie de Lille une Cité scientifique regroupant autour de la Faculté des Sciences des écoles d'ingénieurs, un INSA, des laboratoires et des Centres de recherche. L'obtention des terrains nécessaires fut très difficile, car ce projet suscita de vigoureuses polémiques, ses adversaires essayant de monter contre lui l'opinion publique régionale. Heureusement, la ténacité du recteur Debeyre finit par venir à bout de toutes les oppositions, et il obtint un terrain de 116 hectares à l'est de Lille, sur les communes d'Ascq, d'Annappes et de Lezennes. Les travaux, commencés en 1964, furent terminés en 1967, et la nouvelle Faculté fut installée à cette date. L'INSA ne fut jamais créé, mais les locaux prévus pour lui furent affectés à l'IDN et aussi, plus tard à l'EUDIL. De plus, un Institut Universitaire de Technologie fut créé auprès de la Faculté.

    Mais les événements de 1968, entraînant de profondes modifications dans les structures universitaires françaises, amenaient la Faculté des Sciences à laisser la place à l'Université des Sciences et Techniques de Lille (Lille I), dans laquelle les économistes, les géographes et les sociologues rejoignaient leurs collègues scientifiques.

1996


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