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P.Vidal et R.Dehors



HISTOIRE DE L’AUTOMATIQUE
A LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE.
1958-1997

par Pierre VIDAL,

Professeur
Université des Sciences et Technologie de Lille

   

Dès 1958, le Professeur Roger Dehors, professeur titulaire de la chaire de Physique et Electricité Industrielle, créa avec le Professeur Martinot Lagarde, Directeur de l'Institut de Mécanique des Fluides, le certificat d'Automatique Appliquée, enseignement comportant les bases de l'électronique industrielle et des asservissements .

Des cours de calculateurs numérique et analogique étaient également dispensés, et en 1962, grâce à l'équipement de l'Institut de Mathématiques quelques manipulations sur calculateur numérique avaient lieu.


L'enseignement de l'Automatique avait Commencé en France en 1956, à l'Ecole Nationale Supérieure de l'Aéronautique à Paris, sous l'impulsion d'un polytechnicien, ingénieur militaire, J. C. Gille. Ce dernier avait pris conscience de l'intérêt des automatismes lors d'un séjour aux U.S.A. (M.I.T. et Harvard), intérêt essentiellement lié aux applications militaires.

En 1958 deux autres écoles d'ingénieur en électrotechnique (Toulouse et Grenoble) commencèrent à enseigner l'automatique. Seule Université française, celle de Lille, sous l'impulsion du Professeur Dehors fit de même; l'année qui suivit, les écoles d'ingénieurs de Nantes et Nancy prirent la même orientation.

L'importance de la discipline n'échappa pas au Professeur Dehors, aussi dans le cadre du 4ème plan, dès 1961 il fit inscrire la création d'un Institut de Recherche en Automatique. Celui-ci ne vit pas le jour, mais il amena (mis à part quelques crédits) la création d'une maîtrise de conférences en 1963, à la Faculté des Sciences dont le Doyen était le Professeur Tillieu.

Hélas, la discipline étant toute nouvelle, les docteurs ès sciences ne pullulaient pas. Le Professeur Dehors entreprit début 1964 le tour de France des laboratoires d'Electrotechnique et d'Electronique Industrielle pour trouver un candidat, la maîtrise de conférences étant restée vacante. Toulouse, grâce à son laboratoire de Génie Electrique lui fournit un candidat, Pierre Vidal, qui remplissait alors ses obligations militaires. Les autorités militaires, autorisèrent ce dernier à être, dès 1964, chargé de cours à la Faculté des Sciences de Lille. Chaque fin de semaine, Pierre Vidal remplissait les fonctions de la maîtrise de conférences (3 heures de cours) et commençait à créer le laboratoire d'automatique, le reste de la semaine il était militaire à Toulouse.

Cette situation perdura jusqu'en septembre 1965, fin du service militaire et nomination dans la maîtrise de conférences.

Celle-ci s'accompagnera de la création d'un enseignement de 3ème Cycle en automatique. Un chercheur, F. Laurent, ingénieur de l'Institut Industriel du Nord avait en 1964 commencé sa thèse sous la direction de P. Vidal et deux assistants de l'Institut Electromécanique, F. Lhote et M. Bourton s'étaient réorientés vers l'automatique.

L'impulsion initiale était donnée, et l'on peut relever dans le bilan de l'Institut Electromécanique de 1965 (année où le Professeur Dehors en prit la direction, à la suite du Professeur E. Rouelle) une douzaine de publications tant nationales (Académie des Sciences en particulier) qu'internationales, dans le domaine de l'automatique.

La mise en route, malgré les promesses non tenues du 4ème puis du 5ème plan s'est néanmoins effectuée progressivement grâce au matériel de l'Institut Electromécanique, transformé en Institut d'Automatique par l'Assemblée de la Faculté, le 12 mai 1967, et grâce aux crédits de l'Enseignement Supérieur et de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique (D.G.R.S.T., action concertée automatisation).

Aussi, en 1967 l'on peut déjà comptabiliser plus de 30 publications et 2 thèses de docteur -ingénieur (J. M. Toulotte et M. Bourton) dans les domaines du calcul analogique hybride, de l'automatique théorique et appliquée.

Le laboratoire travaillait déjà en étroite collaboration avec l'industrie, en particulier textile et sidérurgique, ainsi qu'avec la Faculté de Médecine: étude de l'opérateur humain, bionique, reconnaissance des formes.

Le centre d'automatique avait alors la charge de l'enseignement de l'automatique dans le Nord: à la Faculté des Sciences de Lille (Certificats d'Automatique Supérieure de la maîtrise, du 3ème cycle) ainsi que dans la section d'ingénieurs automaticiens de l'Institut Industriel du Nord. Il avait également la charge de l'enseignement du calcul analogique et hybride de la maîtrise d'informatique.

Signalons à ce propos, que sous l'impulsion du Professeur P. Olmer, Directeur de l'Enseignement Supérieur, avait été créé à Paris, en 1967, un laboratoire du C.N.R.S. : le Laboratoire de Génie Electrique, composé de 4 équipes, dont une en automatique dirigée par P. Vidal. Afin de concrétiser cette implantation, plusieurs postes C.N.R.S. furent crées, et en particulier les futurs Professeurs J. M. Toulotte et C. Melin s'y décentralisèrent.

Un certificat d'automatique fut créé à la Faculté des Sciences de Paris et des cours magistraux donnés pendant 4 années consécutives par A. Blaquière et P. Vidal.

Le laboratoire participait également à l'enseignement de l'automatique à la Faculté des Sciences Appliquées de Liège.

Le 22 novembre 1967, l'Automatique fut à l'honneur par le biais de la leçon inaugurale, consacrant le transfert du secteur de la Physique sur le campus de Villeneuve d'Ascq, intitulée "Des automates d'hier aux automatismes de demain" par Pierre Vidal.

L'année universitaire 1967/68 fut également l'année de la création de l'une des dernières chaires des Universités, celle d'Automatique occupée par P. Vidal, de la première thèse de doctorat d'état, celle de F. Laurent, ce dernier ayant été, deux ans après, nommé maître de conférences. Par ailleurs fut créée une option Automatique en deuxième année de la préparation du DUT Génie Electrique. Elle fut dirigée par F. Lhote, puis, après 1969, par G. Manesse.

Les doctorats ès sciences se sont alors succédés, en 1969 celui de Povy, en 1970 de J.M. Toulotte , en 1973 de C. Melin, puis en 1976 de M. Bourton, P. Borne, J. Cl. Gentina, en 1977 de R.Soenen, en 1978 de M. Ranchin…

Simultanément, le Centre Universitaire de Valenciennes s'était créé sous l'impulsion du Professeur Moriamez. Celui-ci souhaitant conforter l'axe de recherche en électronique, qu'il représentait, par celui de l'automatique, N. Malvache qui finissait son doctorat ès sciences en automatique, orienté vers la modélisation de l'opérateur humain (en collaboration avec l'équipe du Professeur G. Milbled de la Faculté de Médecine) fut nommé, début 1973, chargé d'enseignement dans la maîtrise de conférences d'Automatique, lors de la création de l'EUDIL.

Côté lillois, basé sur deux instituts, celui d'électronique et celui d'automatique et avec la volonté de trois enseignants : le Professeur A. Lebrun pour l'électronique, le Professeur A. Bacchus pour l'informatique, le Professeur P. Vidal pour l'automatique, une formation d'ingénieurs apparut avec trois options: Informatique, Mesures, Automatique (IMA).

En ce qui concerne la section d'Automatique L. Povy, récemment docteur ès sciences fut en 1969 nommé dans la maîtrise de conférences.

F. Lhote, qui venait de soutenir son mémoire de doctorat, sous la direction du Professeur R. Dehors accepta d'être chargé de cours à Besançon, où il créa ensuite un laboratoire d' Automatique.

R. Dehors qui prit sa retraite en 1969 ( il décéda en 1988) fût remplacé dans un poste de maître de conférences par J. M. Toulotte. Fin juin 1970, le Centre d'Automatique regroupait 4 directeurs de recherche qui coordonnaient les travaux de deux maîtres-assistants à la Faculté des Sciences, deux assistants à l' I. U. T ., deux assistants à la Faculté de Médecine et de Pharmacie.

Les collaborations avec l'étranger étaient nombreuses, en particulier depuis 1965 avec le Professeur Wegrzyn à l'école Polytechnique de Silésie (Pologne) dans le cadre d'accords internationaux (C.N.R.S -Académie des Sciences) dans les domaines de l'automatique théorique et des systèmes échantillonnés non linéaires. Ils se concrétisaient par des séjours de longue durée. Les Professeurs visiteurs étaient nombreux: 12, par exemple en 1970, provenant des Universités de Lyon, Paris, Toulouse, Québec, Gliwice, Moscou, Varsovie.


Les années 1970/1980 virent peu de changements dans cette dynamique, mises à part les orientations de recherche du laboratoire vers la reconnaissance de formes, les grands systèmes, la robotique.

L'enseignement s'étoffa avec l'introduction de la modélisation et de l'identification des procédés, bases de toute commande numérique d'un ensemble, et par voie de conséquence de l'utilisation des variables d'état pour représenter un grand système industriel complexe. L'arrivée sur le marché des calculateurs de processus amena le laboratoire à prendre, grâce au Professeur J. M. Toulotte, tant en enseignement qu'en recherche, une activité importante en informatique industrielle.

Sur le plan des hommes M. Régnier, assistant, décéda en 1974 ; M. Bourton rejoignit en 1976 l'équipe de Valenciennes; C. Melin en 1977 celle de l'Université de Technologie de Compiègne, et F. Laurent créa en 1974 son propre laboratoire, celui de Systématique et dirigea la spécialisation en automatique de l'I.D.N., jusqu'à son décès en 1983.

Dès 1968 M. Schumann, Ministre d'Etat, chargé de la Recherche Scientifique voulut doter la Région d'un outil de recherche et de développement en automatisation; cette volonté donna naissance en février 1973 à l'A.C.C.R.E.A.T.I, Association pour la Création d'un Centre de Recherche et d'Etudes pour l'Automatisation des Processus et Techniques Industrielles, centre né en avril 1975 sous le sigle C.R.E.A.T.I. Ce centre était constitué par une fédération très souple de laboratoires géographiquement dispersés dans les trois Université lilloises, celle de Valenciennes, l'association des écoles d'ingénieurs de la région, l'Ecole des Mines de Douai, et la société Leanord. Le président du conseil d'administration de la région était M. Hannart président du Comité Interprofessionnel Social et Economique du Nord Pas-de-Calais ; ses vice-présidents N.Segard Délégué Général du G.E.F.I R.N, alors Ministre du Commerce Extérieur et B. Pronier P.D.G. de Leanord.

En 1980 le Laboratoire d'Automatique et Système homme-machine fut associé au C.N.R.S, en tant qu'équipe. Il comprenait également le Laboratoire d'Informatique et Automatique Humaine de l'Université de Valenciennes qui, en 1984, devint indépendant. L'année 1981 vit de nouvelles activités se développer, soutenues, en particulier, par l'Agence pour le Développement de l'Informatique (A.D.I.) ou par le C.N.R.S., dans les secteurs de la télé-manipulation et du couplage homme/robot, ainsi que dans celui de la conception assistée par ordinateur dans les métiers d'art et de création (textile). La coopération internationale s'accrut par des accords avec les Universités de Québec (Canada), Gliwice et Wroclaw (Pologne), Sofia (Bulgarie), Rabat (Maroc), Pékin (Chine).

En 1982 1'équipe de recherche fut transformée en laboratoire associé regroupant les sites de Lille et Valenciennes. Puis en 1986 le site de Valenciennes prit son envol, et l'unité associée lilloise accueillit jusqu'en 1988 le Laboratoire d'Automatique et Informatique Industrielle de l'I.D.N.

Entre temps en 1981, le Comité Economique et Social Régional, puis les Assises de la Recherche, en novembre 1981, retinrent l'idée de faire évoluer le C.R.E.A.T.I., et de créer dans le cadre du 8ème plan un Institut National de Recherche Avancée en Production Automatisée : l'I.N.R.A.P.A. L'idée de base était d'orienter l'activité industrielle et l'activité de recherche de la région, pénalisée par le déclin de ses activités de base, vers des secteurs porteurs appelés à un fort développement dans les années futures.

Un groupe de travail fut formé autour de M. Sebire, de la Régie Renault, et P. Vidal. Il donna naissance, en juin 1982, à un projet donnant au terme Production Automatisée son sens le plus large et prévoyant que l'activité de l'institut couvrirait tous les stades de la production industrielle : Etude et conception (C.A.O.), organisation administrative (télématique), fabrication d'outillages (commande numérique), fabrication industrielle (automatique, robotique). Il devait permettre également l'homologation du matériel, constituer un centre de documentation, et assurer en liaison avec les Universités et Ecoles une assistance en formation.

Ce pont entre la recherche et l'industrie, devait être basé sur une société anonyme et implantée dans la ville nouvelle de Villeneuve d'Ascq. Il devait accueillir environ 200 personnes et avoir un budget de fonctionnement d'environ 60 MF par an.

Suite à une réunion ministérielle en octobre 1982, le projet évolua, vers l'annonce par le Premier Ministre, en novembre 1982, de la création du Pôle Productique, opération qui fut réalisée en mars 1983 sous la forme d'un pôle basé sur trois sites

Les activités de recherche, basées à l'Université de Lille, et coordonnées par P. Vidal, regroupaient 18 professeurs 46 Maîtres de conférences, 125 chercheurs situés dans les universités et écoles régionales, ainsi qu'à l'Institut Textile de France ( I. T .F.). Elles étaient orientées : conception assistée par ordinateur, automatisation des processus unitaires, automatisation des systèmes de production, robotique, communication homme/machine.

Les activités d'enseignement étaient sises à l'Université de Valenciennes, à l'Atelier Inter--Universitaire de productique de Denain, atelier dirigé par R. Soenen. Il avait une antenne sur le campus de Lille par l'intermédiaire d'un Centre de Ressources Pédagogique. L'enseignement technique secondaire faisait également partie de ce regroupement.

Les activités de transfert technologique étaient basées à l'Ecole des Mines de Douai (M. Grattepanche) et orientées vers les filières textile, mécanique, génie civil, alimentaire. Une antenne fut créée à Lille à l'Université par le biais de l'A.R.E.M.I. (Atelier Régional de Micro-informatique).

Des moyens extrêmement importants furent octroyés à ce pôle productique pendant les 9 ème et 10 ème plan. A titre d'exemple, pour la recherche, le pôle bénéficia de 1983 à 1985 de 28 M.F. (financement état-région) ; ceci permit de doter l'Université de Lille d'un atelier flexible expérimental utilisant la conception assistée par ordinateur, plusieurs robots, plusieurs systèmes de transport ainsi que la vision artificielle, thème de recherche développé par le Professeur J. G. Postaire.

En 1986 fut crée le Comité d'Orientation Scientifique et Technique (C.O.S.T.) du Pôle productique, composé d'experts extérieurs à la région, et de responsables de l'industrie régionale.

Hélas, 1988 vit la fin de la politique régionale de soutien important, le terme "productique" ayant vécu dans le Nord Pas de Calais.

Le Professeur Soenen de l'Université de Valenciennes prit plus tard le relais de la coordination par l'intermédiaire du Groupement de Recherche en Automatisation Intégrée et Système Homme-Machine. Il s'agissait d'une concertation entre les thèmes soutenus par l'ensemble des laboratoires de l'Enseignement Supérieur public et privé, auquel s'ajoutait l'Institut Textile de France, et le Centre de Recherche et d'Evaluation des Systèmes de Transport Automatisés (CRESTA).

Fin 1992 une nouvelle structure fut créée, le Laboratoire d'Automatique et d'Informatique Industrielle, associé au C.N.R.S. et regroupant l'ensemble des équipes de l'Ecole Centrale de Lille (ex I.D.N.) et le Laboratoire d'Automatique Fondamentale et Appliquée de l'Université dirigé par le Professeur M. Staroswiecki.

Début 1993 le Centre d'Automatique de l'Université était animé par 5 professeurs, 19 Maîtres de Conférences, en poste à l'U.S.T.L., à l'Université du Littoral, à l'E.N.S.A.I.T , encadrant une trentaine de chercheurs de diverses nationalités française, C.E.E., algérienne, marocaine, tunisienne, égyptienne, libanaise, bulgare, chinoise.

En moyenne, chaque année a vu le nombre de publications dans des Colloque Nationaux ou Internationaux, des revues, s'établir autour d'une cinquantaine; le nombre de contrats de recherche à une dizaine; le nombre de thèses soutenues à une dizaine.

Il est intéressant de citer les thèmes fédérateurs en 1994 et de les comparer à ceux des débuts de l'Automatique, trente ans auparavant. La recherche actuelle s'est étendue à l'instrumentation, au traitement du signal et de l'image, à la sûreté de fonctionnement, la surveillance, la supervision, l'organisation, la conception, la gestion, l'évaluation des systèmes de production, l'analyse de données et l'exploitation des connaissances, tout en conservant bien sûr la modélisation et commande des procédés et des systèmes, l'étude des systèmes homme-machine....

Il est également intéressant de noter qu'entre juillet 1968 (date de la première thèse en automatique) et 1986 100 thèses furent soutenues; et que le chiffre de 200 fut dépassé en 1997.

Sur le plan de l'enseignement, le laboratoire prit une part importante dans la maîtrise E.E.A., les formations d'ingénieur E.U.D.I.L., I.A.A.L., les départements Génie Electrique et Génie Mécanique de l'IUT , le D.E.A., et ces dernières années, sous l'impulsion du Professeur Toulotte dans les deux D.E.S.S., de Systèmes de Production ouverts l'un aux spécialistes, l'autre aux étudiants ayant suivi d'autres cursus. Il a "exporté" des enseignants vers d'autres Universités Ecoles extérieures à la région, des docteurs ès sciences vers Besançon, Compiègne, Orléans, Montréal, Soissons, Paris.


Fin 1997 existent deux structures de recherche, au sein de l'Université, relevant de discipline de l'Automatique :

  • le Laboratoire d'Automatique Fondamentale et Appliquée dirigé par le Professeur Staroswiechki,
  • le Laboratoire d'Automatique lntéraction, Image, et Ingénieurie de la décision dirigé par Christian Vasseur

P.VIDAL 1999.




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