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GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Albert CHATELET
(1883 - 1960)

Par M.PARREAU
A.Chatelet

Bien qu'il ait quitté Lille depuis plus de soixante ans, Albert Châtelet reste l'un des plus populaires des universitaires lillois.

On se souvient encore ici du recteur bâtisseur, dont Guy Debeyre a dit "qu'il avait une pierre dans le ventre" ; divers établissements portent son nom. On sait sans doute moins qu'il a été aussi un grand mathématicien et un homme engagé.

Albert Châtelet est né le 24 octobre 1883 à Valhuon (Pas de Calais) où son père était instituteur. A son exemple, il a souhaité s'engager dans une carrière d'enseignant. Après de brillantes études au collège de Saint Pol sur Ternoise, puis au lycée de Douai, il est entré à l'Ecole Normale Supérieure en 1905. Agrégé de mathématiques en 1908, il prépare une thèse d'arithmétique supérieure d'abord comme "boursier Commercy", puis comme professeur de lycée à Tours. Docteur ès sciences en 1913, il devient chargé de cours à la Faculté des Sciences de Toulouse, puis est nommé Maître de conférences à Lille pour la rentré de 1914.

La guerre l'empêche de prendre effectivement son poste. Mobilisé dans le service de santé aux armées, il est ensuite affecté à la commission d'artillerie navale de Gâvre (Morbihan), où il travaille avec Denjoy et Kampé de Fériet. Il retrouve ce dernier à Lille en 1919, lorsqu'il peut enfin être installé dans son emploi.

Devenu très rapidement professeur (de mathématiques générales en remplacement de Clairin tué à la guerre, puis de mécanique rationnelle après le départ en retraite de Petot) Albert Châtelet est élu doyen de la Faculté des Sciences en 1921, lorsque Benoît Damien quitte la vie active. Il n'accomplira qu'un seul mandat ; en juin 1924 il est appelé à prendre la succession de Georges Lyon comme recteur de Lille.

Dans ces deux fonctions, il accomplit une oeuvre remarquable. Sous sa direction la Faculté, puis l'Université, achèvent de panser les plaies dues à la guerre et à l'occupation, de remettre en état les locaux, de reconstituer les équipements ; elles participent au développement régional en diversifiant les enseignements et en intensifiant les recherches. A cet effet, Albert Châtelet suscite ou favorise la création de nombreux Instituts (Mécanique des Fluides, Radiotechnique, Houille, Institut agricole, Stomatologie, Médecine légale, Institut Commercial) ; il édifie deux maisons d'étudiants (Georges Lefèvre et Georges Lyon) ; il entreprend la construction de la nouvelle Faculté de Droit (rue Paul Duez) et prépare le transfert de la Faculté de Médecine sur le site de la future Cité hospitalière, créant ainsi la notion du Centre Hospitalier Universitaire.

Très apprécié de ses collaborateurs et de ses administrés, il laisse des regrets unanimes lorsqu'il doit quitter Lille en 1937, appelé par Jean Zay à prendre la Direction de l'Enseignement du second degré.

Il ne devait conserver cette fonction que trois ans, car le gouvernement de Vichy ne pouvait accepter qu'elle soit exercée par un authentique libéral.

Dans ce court délai, il eut tout de même le temps d'amorcer la réforme des lycées, en créant les nouvelles sixième..

Cette révocation lui permit du moins de revenir aux activités scientifiques que ses fonctions administratives ne lui avaient plus permis d'exercer (il faut noter toutefois que, même Recteur, il avait toujours conservé une participation à l'enseignement des mathématiques car, pédagogue remarquable, il ne voulait par rompre avec la pratique du métier). Nommé à la Faculté des Sciences de Paris, où il est chargé d'un cours d'Arithmétique. En 1945, il est élu dans la Chaire d'Arithmétique et Théorie des nombres. A ce titre, il dirige de nombreuses thèses, en particulier celles de nos futurs collègues R. Descombes et G. Poitou.

En 1949, il succède à J. Cabannes comme doyen de la Faculté, et a de nouveau l'occasion de faire preuve de ses qualités d'administrateur, notamment en préparant le départ de la Faculté pour la Halle aux vins.

La retraite, en 1954, n'interrompt pas totalement ses activités ; il continue à présider le B.U.S ; il dirige la "Commission Châtelet" chargée de rénover les programmes des classes préparatoires ; il préside la Fondation "Sematorium des étudiants de France". Engagé politiquement à gauche, il est le candidat de l'opposition lors de la première élection présidentielle de la Vème République.

A cette époque, nous avons eu l'occasion de le revoir à Lille de temps à autre, pour participer à un colloque ou à un séminaire ; il était heureux d'y retrouver ses anciens collègues et ses anciens élèves.

Ces travaux mathématiques ont été comme objet principal de la théorie des nombres, mais il s'est intéressé à beaucoup d'autres domaines, et il a été un des animateurs de la revue "l'Enseignement mathématique".

Il avait épousé en 1909 Marguerite Brey, et de ce mariage devait naître neuf enfants, dont trois au moins ont joué un rôle important dans notre région : François Châtelet a commencé sa carrière de mathématicien comme assistant à Lille, Jean Châtelet a été proviseur au lycée d'Arras avant d'être inspecteur général, le benjamin Albert Châtelet fut conservateur du Musée des Beaux Arts de Lille.

Décédé le 30 juin 1960 des suites d'une opération, Albert Châtelet a laissé le souvenir d'un grand mathématicien, qui a été aussi un grand administrateur et un homme de coeur, dont la brillante carrière n'avait pas altéré la simplicité foncière, la bienveillance et la générosité.

M. PARREAU





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