ACCUEIL - ASA
Menu "Histoire"

Sommaire

Charles Barrois
Joseph Boussinesq
Albert Chatelet
Benoît Damien
Guy Debeyre
Marcel Decuyper
Charles Delezenne
Marie Louise Delwaulle
Marie Joseph Kampé de Fériet
Charles Frédéric Kuhlman
Robert Liébaert
Albert Maige
Alphonse Malaquin
Roger Marcel
André Martinot-Lagarde
Paul Painlevé
Pierre Pruvost
Jean Roig
Edmond Rouelle
Yvette Salez
René Swyngedauw

GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Charles DELEZENNE
(1776-1866)

(d'après l'annuaire statistique du département du Nord - 1868 - p. 439,40, 41).


Texte retrouvé par R. FOURET


C.Delezenne C.Delezenne

Charles DELEZENNE, initiateur à Lille de l'enseignement de la Physique, était, dans l'ordre scientifique une des gloires de la cité lilloise, comme le souligne dans son édition de 1868 l'annuaire statistique du Nord. Cette grande admiration s'est traduite plus tard, à la demande de Benoît DAMIEN, par la pose du buste de Ch. DELEZENNE sur le frontispice de l'Institut de Physique, rue Gauthier de Châtillon à Lille.

Il était né à Lille, le 4 Octobre 1776, c'est-à-dire peu d'années avant la première révolution. Contemporain de cette mémorable époque, il se passionna pour tout ce qu'elle enfanta de grand, de juste et durable, et son admiration pour ce grand événement lui donna une nouvelle ardeur pour l'étude des mathématiques et de la physique à laquelle il devait se consacrer pendant toute sa vie. La jeunesse n'avait pas alors des écoles et des professeurs dans lesquelles ou auprès desquels elle pût trouver, comme de nos temps, un large et profitable enseignement ; Ch. DELEZENNE fut forcé d'être son propre maître, et, retiré à Paris, il fit de si rapides progrès, il s'assimila si bien les connaissances de ses devanciers, qu'au moment où le Premier Consul réorganisa l'instruction publique, il fut, sur la désignation du célèbre LACROIX , digne appréciateur de son mérite, nommé professeur dans le fameux établissement des deux sexes fondé par Mme CAMPAN, à Saint Germain-en-Laye. C'est là qu'il fut appelé à donner des leçons aux membres de la famille des BEAUHARNAIS et des NAPOLEON. Il eût pu, peu après, tirer parti de cette circonstance et accepter les offres brillantes du roi de Westphalie, qui voulait lui donner un emploi supérieur dans ses Etats ; mais Ch. DELEZENNE, que distingua toujours une grande modestie, préféra sa vie paisible aux vicissitudes des grandeurs. En 1803, il fut nommé maître de mathématiques dans un des lycées de Paris ; en 1805, il revint à Lille pour succéder, dans l'école secondaire communale, au professeur TESTELIN, et conserva jusqu'en 1836 la chaire de mathématiques que ce dernier avait occupée.

Dès 1817, il se chargea du cours public de physique ouvert par la ville, et ne cessa qu'en 1848 d'y donner des leçons demeurées célèbres. A cette époque, sa vue affaiblie par des travaux soutenus sur l'optique, dut lui faire abandonner une tâche qu'il affectionnait.

A son instigation, la municipalité lilloise créa, en 1823, une chaire de chimie appliquée aux arts industriels, et c'est lui qui alla chercher dans les laboratoires de l'illustre VAUQUELIN, son ami, une jeune chimiste, M. KULHMANN, qui est devenu l'une des notabilités les plus éminentes du Nord.

Comme si la passion de l'étude avait le pouvoir de décupler les forces humaines, Ch. DELEZENNE, outre des leçons au collège, au cours municipal, ses études quotidiennes personnelles, trouvait encore le moyen de participer activement aux utiles travaux de la Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille, à laquelle il appartenait depuis 1806. Les annales de cette association savante conservent des traces ineffaçables des travaux nombreux et remarquables de Ch. DELEZENNE sur la météorologie, l'aréométrie, l'optique, l'acoustique, l'électricité, l'électromagnétisme. Le monde scientifique lui doit plusieurs instruments ingénieux, simples et précis, qui ont ceci de spécialement digne d'attention qu'ils ont été construits de ses propres mains avec les éléments les plus simples, tels que de petits morceaux de bois, du carton, des bouchons, des épingles, etc., et qu'il est facile à tous, en suivant ses données, d'en former de semblables. C'est à lui qu'on doit, entre autres, des piles sèches fonctionnant depuis cinquante ans, un polariscope connu, dans les traités de physique, sous le nom d'Analyseur-Delezenne, un stéphanoscope pour voir les couronnes du soleil lorsqu'il est couvert d'un léger voile de vapeur, etc.

Cette longue existence tout entière consacrée aux études des parties les plus ardues de la science, avait porté sa réputation jusqu'aux limites du monde savant, et cependant Ch. DELEZENNE (il n'était point solliciteur, il faut le dire) n'avait obtenu aucune de ces éclatantes satisfactions dont quelques-uns sont quelquefois bientôt comblés. Enfin, justice lui fut rendue. En 1850, il fut nommé chevalier de la Légion d'Honneur ; en 1855, il fut élu, par 43 voix sur 47 votants, membre correspondant de l'Institut ; en 1861, il reçut le premier la médaille d'or votée par la section des sciences du comité des sociétés savantes de France pour honorer les savants de la province. Mais il ne lui fut pas donné de jouir longtemps des ces précieuses récompenses décernées uniquement à son mérite éminent ; ses organes affaiblis par le nombre des années annoncèrent une fin que la lucidité de son esprit qu'il conserva jusqu'à son dernier jour lui faisait entrevoir, depuis longtemps, avec le calme stoïque du sage, et, le 20 août 1866, il s'endormit dans la paix, laissant sa noble existence comme un exemple plus facile à admirer qu'à suivre.



Buste de Ch. DELEZENNE au fronton de l'Institut de Physique
(photo H. DUBOIS)





Valid XHTML 1.0!