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GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Paul PAINLEVE
(1863 1933)

Par Michel Parreau
P.Painlevé

Paul Painlevé est, sans doute, Pasteur mis à part, le savant et l'homme public le plus important qui ait enseigné à la Faculté des Sciences de Lille.

Né à Paris le 5 décembre 1863, Painlevé a passé sa petite enfance à Vaugirard, qui venait d'être annexé à Paris, mais était encore un village. Elève dans une pension de la rue du Four, puis aux lycées Saint-Louis et Louis le Grand, il y fait une scolarité très brillante. Plusieurs fois lauréat du Concours général, il entre à l'Ecole Normale Supérieure en 1883, dans une promotion qui comprenait entre autres Paul Janet et Lucien Poincaré .

Après l'agrégation, il obtient avec son camarade Cor une bourse de voyage pour l'Allemagne qui les amènera à Göttingen, où professaient H.A. Schwarz et Félix Klein. Ce séjour fructueux permet à Painlevé de préparer sa thèse, qu'il soutient à Paris en juillet 1887. Ses travaux portent sur la théorie des fonctions analytiques, dont il étudie les singularités en vue des applications aux équations différentielles.

Ce travail "original et élevé" (selon son directeur de thèse Emile Picard) lui vaut une nomination immédiate en Faculté. Ne pouvant être professeur en raison de son trop jeune âge, il est chargé du cours de Mécanique rationnelle à Lille à la rentrée de 1887. Il poursuit ses travaux sur les équations différentielles rationnelles du premier ordre, en montrant que les seules singularités mobiles des solutions sont des pôles ou des points critiques algébriques.

L'importance de ses résultats lui vaut de recevoir en 1890 (à 27 ans!) le grand prix des Sciences mathématiques de l'Académie des Sciences. Il se voit également attribuer la même année le prix Kuhlmann de la Société des Sciences de Lille, pour l'ensemble de ses travaux depuis son arrivée à Lille.

Cette activité scientifique ne l'empêche pas de s'intégrer étroitement aux activités de la Faculté. En novembre 1890, il prononce le discours d'usage de la rentrée des Facultés. Prenant comme thème "La science vaut-elle l'effort scientifique?", réfutant ceux qui nient l'intérêt des progrès de la connaissance, il montre que ceux-ci ont une valeur en eux-mêmes, indépendamment des applications que l'on peut en faire, et que l'obtention de résultats scientifiques procure une jouissance intellectuelle qui surpasse infiniment le labeur qu'ils ont coûté, puisqu'ils sont éternels.

Poursuivant ses travaux, il s'intéresse ensuite aux équations du second ordre, et montre que, contrairement à toutes les idées reçues, elles ont "en général" leurs points critiques fixes. Il définit à cette occasion de nouvelles fonctions transcendantes, irréductibles à toutes les fonctions connues, et qui font encore aujourd'hui l'objet de nombreuses publications.

A cette époque, on ne pouvait espérer conserver très longtemps à Lille un scientifique de cette envergure. Aussi est-il bientôt nommé à Paris, comme maître de conférences, puis professeur, à la Sorbonne et à l'Ecole Normale Supérieure.

En 1895, il est appelé par le roi de Suède Oscar II (qui était un ancien étudiant en mathématiques à l'Université d'Uppsala) à exposer ses travaux pendant un trimestre à la Faculté des Sciences de Stockholm.

A ce moment se produit l'affaire Dreyfus. Persuadé de l'innocence de l'accusé, Painlevé et Jacques Hadamard amènent Henri Poincaré (pourtant plutôt conservateur) à intervenir pour réfuter l'argumentation d'André Bertillon, qui abusait de la crédulité du public en employant de façon abracadabrante le calcul des probabilités pour "établir" que Dreyfus était bien l'auteur du bordereau. Poincaré, outré d'une telle utilisation fallacieuse de la science, écrit une longue lettre au Conseil de guerre de Rennes et envoie Painlevé la lire au procès.

Continuant ses travaux, Painlevé applique ses résultats sur les équations différentielles à la mécanique, et étudie en particulier des questions de mécanique céleste (problème des n corps, stabilité du système solaire) et les théories analytiques du frottement.

En 1900, à 37 ans seulement, il voit sa carrière couronnée par son élection à l'Académie des Sciences.

En 1909, il se marie avec Marguerite Petit de Villeneuve, qui décède malheureusement un an plus tard à la naissance de leur fils Jean Painlevé .

Paul Painlevé s'intéresse alors de très près (peut-être sous l'influence de ses travaux de mécanique) aux débuts de l'aviation. Il s'en fait un propagandiste infatigable, et paye de sa personne en étant le premier passager civil des pionniers Wilbur Wright et Henri Farman, partageant avec eux le record de vol en biplan.

Son "lobbying" en faveur de l'aviation l'amène à fréquenter les milieux parlementaires. Il est ainsi conduit à entrer en politique, sans abandonner complètement la science (il continuera à professer à la Sorbonne jusqu'à sa mort). Ce grand tournant s'accomplit en 1910, date à laquelle il se fait élire député du 5ème arrondissement de Paris comme républicain socialiste à la place de Viviani qui ne se représentait pas.

A la Chambre des Députés, il joue rapidement un rôle important, notamment dans les questions de Défense nationale. Il préconise en particulier le maintien de trois classes sous les drapeaux, de façon à fournir à l'armée française les effectifs nécessaires pour soutenir une agression.

Pendant la guerre de 1914-1918 on ne tarde pas à faire appel à lui. Ministre de l'Instruction Publique en octobre 1915, il est chargé de mettre en place le "service des inventions intéressant la défense nationale". En mars 1917 Alexandre Ribot, qui a succédé à Briand, l'appelle au ministère de la Guerre, poste le plus important du gouvernement après la Présidence du Conseil. Il hérite malheureusement comme commandant en chef du général Nivelle, partisan de l'offensive à outrance, décidé à attaquer les fortes positions retranchées allemandes du Chemin des Dames. Malgré les réserves de Raymond Poincaré et de Painlevé, Nivelle, soutenu par les Anglais, lance la désastreuse offensive du Chemin des Dames, qui pour des résultats très limités, met hors de combat 270 000 hommes dont 35 000 tués. Cet échec entraîne des mutineries dans l'armée et une démoralisation du pays, qui est en même temps affecté par des mouvements sociaux (fin de l'union sacrée), par la défection de l'allié Russe et par la guerre sous-marine. En outre une crise politique éclate au sein même du gouvernement, un certain nombre d'hommes politiques (le ministre de l'Intérieur Jean-Louis Malvy, l'ancien ministre des Finances Joseph Caillaux) étant accusés de "pacifisme" à la suite des offres de paix autrichiennes.

Painlevé réagit énergiquement à ces difficultés. Il calme les mutineries, accroît la production de matériel de guerre (artillerie lourde, chars), organise la mise en place des premiers contingents américains. Cela lui vaut une incontestable popularité , qui contraste avec la méfiance de l'opinion vis à vis du cabinet Ribot. Aussi quand celui-ci démissionne (septembre 1917) Raymond Poincaré appelle Paul Painlevé à former le nouveau gouvernement. Mais celui-ci est une combinaison très semblable à la précédente, et ne tient pas très longtemps, en butte aux attaques des députés mobilisés (Abel Ferry) et du sénateur Georges Clemenceau qui s'estime (à juste titre) le plus, voire le seul capable de diriger le pays dans cette période de crise. Le gouvernement Painlevé est renversé en novembre 1917.

Après la guerre Painlevé continue sa carrière politique, d'abord dans l'opposition au Bloc national, puis, après la victoire du Cartel des gauches, comme président de la Chambre des députés en 1924 puis président du Conseil en avril 1925. Reprenant le ministère de la Guerre, il confie les Finances à Caillaux et les Affaires Etrangères à Briand qui amorce la politique de détente avec l'Allemagne dont l'aboutissement sera la signature du pacte de Locarno. Caillaux n'ayant pas réussi à imposer la politique de rigueur qu'il souhaitait mener Painlevé le remplace aux Finances mais son gouvernement n'est qu'en sursis et il est renversé en novembre 1925. Il reste néanmoins ministre de la Guerre dans différents gouvernements (Briand, Herriot, Poincaré) jusqu'en 1929. A ce titre, il ramène la durée du service militaire à un an et il décide la construction de la ligne Maginot. Il sera ultérieurement ministre de L'Air à deux reprises (décembre 1930 - janvier 1931, juin 1932 - janvier 1933).

Pendant tout ce temps, il a continué ses activités scientifiques (il faisait cours à la Sorbonne à 20 h) et culturelles (la veille de sa mort il dictait encore une traduction de Goethe). Il décède le 29 octobre 1933 à Paris, peu avant son 70ème anniversaire. Le gouvernement lui accorde des funérailles nationales et il est inhumé au Panthéon.

[1] Frère cadet du futur président de la République Raymond Poincaré, et cousin germain de l'illustre mathématicien Henri Poincaré.
[2] Futur cinéaste, il sera un des créateurs du cinéma scientifique





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