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GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Pierre PRUVOST
(1890 - 1967)

Doyen de la Faculté de 1943 à 1950


Par un collectif "ASA-USTL"
P.Pruvost

Il y a trente et un ans disparaissait Pierre Pruvost, ancien doyen de la Faculté des Sciences de Lille, professeur honoraire à la Sorbonne, membre de l'Institut.

Pierre Pruvost a été un des plus grands géologues de son époque. Né à Raismes (Nord) en 1890, il se destinait à une carrière médicale, pour des raisons familiales, mais son année de PCB à la Faculté des Sciences lui donna le goût des Sciences naturelles, et, après un bref passage en Faculté de médecine, il revint chez nous pour préparer sa licence, qu'il obtint à peine âgé de vingt ans de façon particulièrement brillante (ayant passé tous ses certificats avec la mention Très Bien, il reçut le grand prix de licence de la Faculté et le prix Maurice Hovelaque).

Cette réussite exceptionnelle avait attiré l'attention de Charles Barrois, qui lui proposa dès 1909 un poste d'aide préparateur de Minéralogie, et en 1910 un poste de préparateur au Musée houiller qu'il venait de créer. Sous la direction de Jules Gosselet (retraité mais toujours présent), de Charles Barrois, et d'une pléiade de jeunes enseignants chercheurs de grand talent (Henri Douxami, Paul Bertrand, Maurice Leridu, Jacques de Lapparent), Pierre Pruvost se forma rapidement au métier de géologue de terrain, à la paléontologie, à la stratigraphie. Utilisant les importantes collections du musée houiller, il entreprit l'étude de la faune continentale du Bassin houiller du Nord Pas de Calais, qui devait devenir son principal terrain de recherche. Docteur ès sciences en 1918, il est nommé maître de conférences l'année suivante, et devient professeur de géologie appliquée (chaire d'Université créée pour lui) en 1922. Le départ de Ch. Barrois, en 1926, l'amène à occuper la prestigieuse chaire de Géologie et Minéralogie dont le premier titulaire avait été Gosselet.

Pendant toute sa carrière, P. Pruvost continua ses études de géologie houillère, et, avec Ch. Barrois, et P. Bertrand, accumula une quantité d'observations et de données sur la formation et la structure des bassins houillers, non seulement dans le Nord, mais aussi en Sarre - Lorraine, en Belgique, dans le Limbourg hollandais, dans la région de Saint Etienne.

Ses recherches lui permirent d'expliquer l'accumulation des sédiments sur de grandes profondeurs, et l'alternance de couches stériles et de veines de charbon, par le phénomène de la subsidence (alternance de période de stabilité et d'affaissement des sols).

Il s'intéressa aussi à la géologie régionale (Boulonnais, pays de Bray) et, à la suite de son maître Ch. Barrois, à celle du Massif armoricain, à laquelle il consacrait chaque année plusieurs semaines sur le terrain.

Ses recherches ont fait l'objet de plus de 200 publications, et l'ont fait connaître dans le monde entier, lui valant de nombreuses distinctions honorifiques. Mais elles ne se sont pas déroulées au détriment de son activité professorale. Enseignant lumineux et chaleureux, P. Pruvost a formé de nombreux étudiants et chercheurs parmi lesquels A. Duparque, G. Mathieu, A. Bonte, G. Waterlot, R. Marlière, P. Comte, P. Corsin) ; il a fait de Lille un grand centre de formation de géologues de terrain, qui ont trouvé à s'employer dans les secteurs les plus variés (enseignement, houillères, BRGM, Ponts et Chaussées, travaux publics,.....).

Cette activité et la collaboration suivie qu'il a entretenue avec les Houillères, lui ont permis d'apporter un appui efficace à la reconstruction physique et économique du Nord Pas de Calais après la dure épreuve de la guerre de 1914 et de la première occupation.

En 1940, de nouveau, la guerre et l'occupation dévastent la région. Eloigné de Lille pour des raisons militaires, P. Pruvost trouve à son retour son domicile et son laboratoire pillés, ses documents et ses collections dévastés. Il lui fallut faire preuve de beaucoup de fermeté de caractère pour poursuivre sa tâche d'enseignant et de chercheur, et sauvegarder ce qui pouvait l'être.

L'autorité naturelle dont il avait su faire preuve dans ces circonstances difficiles et dangereuses amenèrent ses collègues à le choisir comme doyen en 1943 à la retraite d'Albert Maige (il en était assesseur depuis 1937). Dans ces fonctions, il se montre un administrateur efficace et soucieux des intérêts de chacun. A deux reprises, la confiance de ses collègues lui fut renouvelée, et il ne quitta le décanat qu'à son départ pour Paris en 1950.

En effet, la valeur de ses travaux et sa réputation scientifique amenèrent la Faculté des Sciences de Paris à lui proposer la succession de Ch. Jacob dans la chaire de Géologie générale de la Sorbonne. Bien que très lié au Nord, P. Pruvost ne peut refuser cet honneur qui s'accompagnait de responsabilités accrues dans le domaine de l'enseignement et dans celui de la recherche (c'était l'époque où l'enseignement supérieur entamait sa croissance exponentielle, et Paris était alors le grand centre scientifique français).

Toujours très actif, P. Pruvost participe à la rénovation des enseignements de géologie et dirige de nombreuses thèses. En 1954, il est élu membre de l'Académie des Sciences, dont il était correspondant depuis 1947. Sa retraite en 1961 n'interrompt pas son activité scientifique, et jusqu'à son décès subit en 1967, il a continué à publier et à diriger de jeunes chercheurs.

Ses grandes qualités intellectuelles et morales, l'agrément de son caractère, en particulier sa bienveillance à l'égard de ses collègues et de ses jeunes disciples, l'avaient fait unanimement apprécier à Lille, et plus tard à Paris.

Pierre Pruvost a laissé le souvenir d'un grand savant et d'un homme de bien, que la Faculté des Sciences de Lille s'honore d'avoir compté parmi ses maîtres.

On trouvera une biographie plus complète dans l'article de Ch. Delattre et G. Watterlot "Vie et oeuvre de Pierre Pruvost" Annales de la Société Géologique du Nord, tome 89, 1969, p. 285.





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