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GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Yvette SALEZ
(1932 - 1990)

Par M. PARREAU
Y.Salez

Il y a 10 ans déjà, nous avons eu la tristesse d'apprendre la disparition prématurée d'Yvette SALEZ à l'âge de 58 ans, après une carrière trop courte mais assez extraordinaire car, entrée à la Faculté des Sciences comme sténodactylo en 1959, elle a quitté notre Université comme ingénieur de recherches hors classe, et Directrice d'une de ses composantes.

Yvette SALEZ et sa soeur jumelle Jeannine, qui est aujourd'hui notre Vice-Présidente, sont nées à Hellemmes le 20 mai 1932 dans une famille de cheminots (leur père travaillait aux ateliers des Chemins de fer du Nord). Après des études primaires et primaires supérieures perturbées par la guerre (elles ont dû déménager à Lille puis à Loos à cause des bombardements), elles ont travaillé dès l'âge de 16 ans (à l'époque peu de jeunes filles faisaient des études longues), occupant différents emplois de bureau dans des entreprises ou des banques. Mais Mme SALEZ, soucieuse de l'avenir et se rappelant la longue période de chômage de l'avant-guerre, fit une active propagande pour l'entrée de ses filles dans la fonction publique. Ses efforts finirent par aboutir, et en 1959 les deux soeurs passèrent le concours de sténodactylo qu'elles réussirent sans difficulté de même que plus tard ceux de commis et de secrétaire d'administration universitaire. Elles furent nommées à la Faculté des Sciences, où Yvette SALEZ fut affectée au Service des Bourses, puis au Cabinet du Doyen. Pour les Doyens LEFEBVRE et PARREAU, elle s'avéra une collaboratrice exceptionnelle ; son intelligence, ses qualités d'ordre et de méthode, son acharnement au travail, lui permirent, à une époque où l'administration de la Faculté était embryonnaire, et où le Cabinet du Doyen s'occupait de toute la partie prospective et moyens, d'accomplir une tâche considérable, avec une efficacité remarquable. Malgré la lourdeur de son travail, elle complétait ses connaissances administratives en suivant des cours à la Faculté de Droit le samedi après-midi ; elle obtint ainsi le Certificat d'Etudes Administratives Départementales et Communales avec la mention très bien.....et les félicitations du Recteur DEBEYRE, qui y dispensait les cours de Droit Public et avait beaucoup apprécié cette élève brillante et assidue.

En 1964, cependant, le Ministère voulant, à juste titre, développer la pratique de l'informatique par ses personnels, leur proposa de se former dans ce domaine, en leur offrant des perspectives de travail plus intéressant et mieux payé. Yvette SALEZ fut intéressée par cette offre.Elle suivit donc un stage de trois mois à Paris. Ayant obtenu le Certificat d'Aptitude aux fonctions de programmeur, elle met en place à la Faculté le service de mécanographie devenu ultérieurement la 6ème Division. Dans cette fonction, elle fait rapidement ses preuves, mettant au point la programmation des traitements du personnel et la gestion de la scolarité des étudiants. En même temps elle complète sa formation en informatique en suivant les cours du C.N.A.M. (Certificat de Technique de la Programmation), puis ceux de l' I.P.A. (Certificat d'Analyste de Conception). A cette période se situe le tournant de sa carrière : pour occuper un emploi d'Informaticienne, elle doit démissionner de la Fonction Publique et devenir contractuelle (le corps des I.T.A.R.F. n'était alors même pas imaginé).

Un peu plus tard, Yvette SALEZ est appelée à participer, à la demande de Pierre BACCHUS, à des commissions nationales sur la gestion informatique des universités. Comme toujours soucieuse de remplir cette mission efficacement, elle étudie avec soin les besoins de toutes les universités de l'Académie et présente à la commission un rapport qui est apprécié au point de servir de base aux travaux de cet organisme.

En 1972-73 le Laboratoire de Calcul de l'Université était en mesure , grâce en particulier au M 40 dont il disposait, de fournir des prestations à l'échelon régional, d'où la fondation du Centre Interuniversitaire de Traitement de l'Information (C.I.T.I.), comme service commun de plusieurs Universités : Lille I, Lille III, Picardie, Valenciennes, pour ce qui concerne la recherche, l'enseignement et la gestion administrative et financière. La 6ème Division y est intégrée comme système de gestion automatisée.

Le C.I.T.I. ayant connu quelques difficultés (surtout financières) à ses débuts, se trouvait sans directeur en 1977. L'équipe de direction de Jacques LOMBARD, à la suggestion de Michel MIGEON, eut alors l'idée de proposer à Yvette SALEZ de prendre la direction du C.I.T.I.. Elle hésita quelque peu avant d'accepter car c'était quelque chose de tout-à-fait insolite pour l'époque que de désigner une femme, et de surcroît une non-enseignante, à la tête d'un organisme universitaire. Michel MIGEON, devenu Président, réussit à lui faire accepter d'occuper cette fonction, car il estimait qu'elle seule était capable de redresser la situation.

Elle se mit au travail très courageusement avec son efficacité habituelle. Déjà bien connue des utilisateurs, elle réussit à développer considérablement l'activité du Centre dans tous les domaines : recherche scientifique, enseignement, gestions de la scolarité et des finances.

Les besoins croissants des universités et la modernisation des matériels exigeaient un renouvellement fréquent des moyens de calcul. Grâce aux contacts qu'elle avait noués au niveau ministériel, et au soutien des Présidents successifs de Lille I, elle obtint rapidement les ordinateurs nécessaires, passant ainsi du M 40 au 10 070 de C.I.I., puis à l'IRIS 80.

Face au développement exponentiel de l'informatique, les Ministères de l'Education Nationale, de la Recherche et de l'Industrie décident d'installer un réseau informatique national de l'Education Nationale, s'appuyant sur quelques grands centres régionaux. Yvette SALEZ pose alors la candidature de Lille, et élabore un projet de transformation du C.I.T.I. en cinquième centre de ce réseau. Après deux ans de négociations et avec l'appui de la Région Nord/Pas de Calais, de la Région Picardie et de leurs Universités , elle obtient satisfaction.

Le cinquième centre régional est créé en 1984, avec la participation de toutes les Universités de l'Académie de Lille, de l'Université de Picardie,de la Fédération Universitaire et Polytechnique de Lille, de nombreuses Ecoles d'Ingénieurs (ENSAM, IDN, Mines de Douai, ENSAIT). Un nouveau bâtiment est construit pour ce Centre dans le secteur "Mathématiques" du campus. Doté de moyens puissants, il développe constamment ses activités et modernise son matériel ; l'IRIS 80 est remplacé par un DPS 8/70 de Bull auquel s'ajoutait un Mini 6 pour les travaux de gestion. En 1989 un Cyber 962 de Control Data avait remplacé le DPS. Pour répondre pleinement à la demande toujours croissante des utilisateurs, chercheurs, enseignants, administratifs, la Directrice se tient constamment au courant des progrès techniques en faisant des stages chez les constructeurs.

L'implication totale d'Yvette SALEZ dans la bonne marche du Centre, à laquelle elle consacre toute son énergie, la rigueur de sa gestion, s'accompagnent d'un souci constant des intérêts légitimes de ses personnels (40 personnes en 1990) qui, sous-classés aux débuts du C.I.T.I. en raison de la nouveauté de la structure, bénéficient, grâce à ses interventions efficaces, des reclassements indispensables ; elle s'efforce de trouver pour chacun l'emploi qui correspond à ses capacités et le niveau hiérarchique convenable.

L'attribution du grade d'Officier dans l'Ordre des Palmes Académiques (1985) est une bien faible reconnaissance des services qu'elle a rendus à l'Université.

L'évolution ultérieure de l'informatique, et la généralisation des équipements plus légers, voire individuels, a amené une modification profonde des missions du C.I.T.I., qui a perdu son statut interuniversitaire et s'est transformé en Centre de Ressources Informatiques (C.R.I.) de l'U.S.T.L.. Sa Directrice n'a pas eu le temps de présider à cette évolution, qu'elle aurait certainement menée à bien avec sa compétence et son autorité habituelles.

Ses dernières années furent assombries par la perte de ses parents, à qui elle vouait une affection profonde, et qu'elle a soignés avec un grand dévouement. Peu après, tombée malade elle-même, elle voulut continuer à assumer ses fonctions jusqu'au bout, malgré sa grande fatigue, et grâce à l'aide de sa soeur qui assurait la liaison avec son service et lui apportait quotidiennement les documents nécessaires.

Elle est décédée le 14 mai 1990, laissant dans notre Université des regrets unanimes et le magnifique exemple d'une promotion sociale due à des qualités exceptionnelles d'intelligence, de courage, de caractère et de dévouement.





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